Pesticides : biocide ou plan de sortie?

Engagé dans la mise en œuvre d’actions diverses visant la sauvegarde de notre maison commune, notre Groupe d’action en écologie intégrale  GAÉI-NDF a réuni un panel d’experts pour étudier la question posée par l’usage de pesticides. Après avoir examiné toutes les facettes de la question, le groupe est arrivé à la conclusion que seul un plan de sortie pouvait stopper cette entreprise de destruction massive du vivant que nous n’hésitons pas à assimiler à un biocide.

Voici l’article paru dans le journal Le Devoir,  Photo : Photo: Stock L’industrie des pesticides a réussi jusqu’ici à contrer les efforts pour les interdire

Texte collectif * 24 août 2018 Idées

Sous prétexte de sécurité alimentaire, l’industrie des pesticides tue à petit feu tout ce qui vit sur la planète en imposant ses semences et ses modes de production. Les chiffres sont effarants et les preuves de toxicité, nombreuses et irréfutables.

Par vocation, les pesticides ont pour rôle de tuer les insectes, les plantes et les champignons considérés comme nuisibles. Depuis les années 1950, des centaines de ces substances sont utilisées chaque année en agriculture, en foresterie et dans les villes. Croissance et rendements obligent, l’industrie a réussi à imposer ses produits. Par exemple, depuis 1974, 8,6 milliards de kilos de glyphosate ont été épandus dans le monde. Les sols, l’air, l’eau et nos aliments en contiennent des quantités croissantes. Bon an mal an, les ventes de l’industrie des pesticides totalisent quelque 45 milliards de dollars.

Outre les cas de cancer, bien d’autres dérèglements et maladies chez l’humain sont associés à l’exposition chronique aux pesticides : infertilité, impuissance, fausses couches, malformations congénitales, etc. Un rapport de l’ONU évalue à 200 000 les décès annuels qui en découlent.

Les pesticides causent également des dommages irréparables au règne végétal, aux microbes bénéfiques de nos sols, aux poissons, aux amphibiens, aux mammifères, aux papillons, aux insectes et à la faune aviaire (comme en témoigne la disparition de 44 % des oiseaux des champs depuis 20 ans). Le cas des néonicotinoïdes et de ses effets ravageurs sur les insectes pollinisateurs est tragique. Nous assistons à la grandeur de la planète à un biocide silencieux. Quel tribunal entend leur cause ?

L’industrie des pesticides a réussi jusqu’ici à contrer les efforts pour les interdire. D’abord en niant leur toxicité, tout comme l’industrie du tabac l’a fait dans les années 1950 et 1960 avec la cigarette. Puis, sachant que les preuves sont très longues à établir, en effectuant un travail systématique de sape et en recourant aux semeurs de doute. Elle n’hésite pas non plus à recourir à la fraude scientifique pour camoufler les dangers de ses produits, comme l’ont révélé les Monsanto Papers. Ce travail est complété par un lobbying intense et très efficace auprès des législateurs et des agences de régulation.

Le Québec dans tout cela

On voudrait croire que le Québec ne participe pas à ce drame écologique, qu’il n’en subit pas les conséquences. Ce n’est pas du tout le cas. Les données et les chiffres sont alarmants : 4000 tonnes d’ingrédients actifs ont été épandues en 2015, alors que 99 % du maïs et plus de la moitié du soya proviennent de semences enrobées de néonicotinoïdes. Des pesticides sont présents dans près de la moitié de nos cours d’eau en milieu agricole, dans nos aliments et même dans l’eau potable Après les promesses de réduction non tenues de 1992 (50 % avant 2002) et de 2011 (25 % avant 2021), le gouvernement du Québec vient d’adopter une nouvelle réglementation visant à restreindre et à mieux encadrer l’usage des pesticides. La plupart des analystes ont noté que cette initiative était nettement insuffisante et comportait de nombreuses lacunes, dont l’absence de mesures concernant le glyphosate, la non-responsabilisation des producteurs et utilisateurs eu égard à des obligations de résultats, et le conflit d’intérêts potentiel des agronomes employés dans la vente de pesticides. Les résultats seront tout aussi décevants. Un plan de sortie s’impose.

Devant une telle accumulation de risques et de preuves de toxicité des pesticides, les gouvernements ne peuvent plus se soustraire à leurs responsabilités et s’en remettre aux diktats d’une économie de marché qui, sans une régulation adéquate, n’a que faire du bien commun. Les lenteurs et la complaisance ne sont plus acceptables. Le gouvernement du Québec doit donc envoyer un signal clair à tous les producteurs, vendeurs et utilisateurs de pesticides quant à sa volonté réelle de réduire progressivement leur importation, leur production et leur utilisation, jusqu’à leur élimination quasi complète dans un délai à la fois ambitieux et réaliste.

L’expression formelle de cette volonté doit se concrétiser par la mise en oeu’re d’un plan de sortie progressif fondé sur une transparence complète en matière de prise de décisions, la responsabilisation et la mobilisation de tous les acteurs, l’aide à la transition ainsi que la mise à contribution de l’ensemble des ressources et des moyens de l’État québécois, du gouvernement fédéral et de la société civile.

Le chantier est considérable et présente de nombreux défis. Il faudra réviser les lois et règlements, identifier et généraliser les pratiques sans pesticides, réorienter la recherche, réaliser des projets pilotes, sensibiliser la population, former les utilisateurs et constituer un fonds de soutien à la transition, le tout en concertation avec le gouvernement fédéral

Un engagement politique

Qu’il s’agisse de pesticides ou de changements climatiques, le temps nous est compté. Il n’y aura pas de plan B. Il ne restera plus rien à sauver dans 15 ans si nous continuons à utiliser le glyphosate, comme vient de l’autoriser le gouvernement fédéral. Le Québec peut montrer la voie en s’attelant, de toute urgence, à la préparation et à la mise en oeuvre d’un plan de sortie des pesticides. […]

Nos dirigeants politiques doivent prendre l’initiative d’une mobilisation générale à cet effet. Durant la prochaine campagne électorale, nous incitons les groupes concernés et tous nos concitoyens à se joindre à nous pour réclamer des partis politiques qu’ils s’engagent à réaliser un plan de sortie des pesticides. Et nous les invitons à voter en conséquence.

* Les cosignataires : Michel Paradis, ex-sous-ministre adjoint, ministère québécois de l’Environnement et président du Groupe d’action en écologie intégrale ; André Comeau, généticien ; Sibi Bonfils, dr-ingénieur, ex-directeur adjoint de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable ; Christine Juge, chercheure en biofertilisation agricole et Lucien M. Bordeleau, agronome et microbiologiste

Notre-Dame-de-Foy et l’écologie intégrale

Vision du

Groupe d’action en écologie intégrale

Printemps 2017

Auteurs: Michel Paradis et Sibi Bonfils

Préambule

La Terre est à un moment critique de son histoire.

L’humanité qui la peuple prend progressivement conscience de son immense pouvoir de transformation et des dommages considérables qu’elle lui inflige. Les ressources généreusement mises à sa disposition s’épuisent. Les conditions essentielles qui ont présidé à l’éclosion de la vie et à son évolution sont désormais menacées. L’extinction massive des espèces mettant en danger la diversité biologique en est une résultante. Les inégalités inacceptables entre les individus et les communautés, l’injustice et la pauvreté chroniques, sont caractéristiques d’une espèce qui a perdu son sens de la solidarité à l’égard d’autrui.

L’humanité prend surtout conscience des liens singuliers qui l’unissent à cette planète et aux autres espèces avec lesquelles elle la partage. Face aux menaces qui se précisent de jour en jour, des voix nombreuses se font de plus en plus pressantes pour changer notre rapport au monde et à autrui, et pour construire un partenariat mondial destiné à en prendre soin.

L’appel se convertir à l’écologie intégrale lancé par le Pape François dans l’Encyclique Laudato Si’ s’inscrit dans cette perspective, mais avec un éclairage nouveau. Celui de la foi en un Créateur qui a confié ce monde précieux mais fragile à l’être humain, avec le devoir pour lui, de cultiver ses propres capacités pour le protéger et en développer les potentialités.

Le Groupe d’Action en Écologie Intégrale (GAÉI) de la Paroisse Notre-Dame-De Foy de Québec a été créé dans ce contexte.

Le cadre d’action

GAÉI s’inscrit dans la dynamique de cette conversion écologique à la fois individuelle et communautaire et dans la logique de ces simples gestes quotidiens dont l’ultime finalité est de prendre soin de la Terre, notre maison commune, et d’autrui.

Son action est guidée par les grandes lignes d’orientation et d’action tracées par Laudato Si’ et de grands textes laïques comme la Charte de la Terre ou le Programme de Développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies1. Elle s’inspire plus spécifiquement du Magistère social de l’Église et de la Pastorale sociale de l’Église du Québec2. 

Le champ d’action : l’écologie intégrale

Les problèmes actuels de notre terre sont complexes et leurs causes profondément intriquées. Il serait vain de chercher à les résoudre en les isolant les uns des autres. Ils requièrent un regard qui tienne compte de leurs dimensions humaine, sociale, économique et culturelle.

Le concept d’écologie intégrale, parce qu’il s’intéresse à toutes ces dimensions, définit le champ d’action du GAÉI. C’est donc avec un tel regard et en ayant à cœur la recherche du bien commun et la justice intergénérationnelle que les membres entendent œuvrer.

Un groupe centré sur l’action

GAÉI fonde son action sur une capacité démontrée à s’engager de façon responsable et compétente. D’où le parti pris pour des initiatives et des actions réalisées à l’échelle locale et pour des projets bien circonscrits. GAÉI privilégie la stratégie des petits pas consistant à valoriser ce qui se fait déjà dans les paroisses et à conscientiser par la pratique. Il veut cependant être des grands dialogues citoyens prônés par Laudato Si.’

Mandat du Groupe

Réaliser et susciter des actions collectives et soutenir les initiatives des communautés de la paroisse Notre-Dame-de-Foy visant à mettre en pratique l’écologie intégrale préconisée par l’encyclique Laudato Si’.

Composition

GAÉI regroupe des personnes de bonne volonté désireuses de prendre soin de la Terre, notre maison commune, et d’autrui, convaincues que la conversion à l’écologie intégrale prend racines dans l’action locale et souhaitant apporter bénévolement leur aide et leurs compétences à cette cause.

Les axes d’action

Les actions possibles sont nombreuses. Nous les avons regroupées sous quatre axes.

Conscientisation et éducation

Cet axe d’action vise à développer une spiritualité écologique tant au niveau individuel que de la communauté.

Voici quelques exemples où nous entendons œuvrer pour progressivement changer nos habitudes, s’éduquer à la citoyenneté écologique, découvrir et faire connaître la richesse de la spiritualité chrétienne :

  • Des ateliers d’approfondissement de Laudato Si’ et des conférences publiques centrées sur ses enjeux

  • L’information et la formation sur l’écologie intégrale

  • L’intégration d’un volet spiritualité écologique dans les Catéchèses des enfants, des adolescents et des adultes

  • Les prières et les liturgies eucharistiques, la liturgie de la parole en particulier lors de grands événements (ex : Fête de l’action de grâce, Journée mondiale de la terre)

  • L’animation sur le site Internet de la paroisse d’un blog sur l’écologie intégrale et dans le bulletin paroissial d’une rubrique sur ce thème et sur les réalisations de GAÉI en la matière

Une Église et une communauté vertes

L’idée de devenir une Église et une communauté verte est incontournable pour une communauté qui regroupe les bâtiments, les églises et les terrains de huit paroisses.

Nous entendons prêcher par l’exemple en collaborant avec la Fabrique NDF à l’adoption de modes de consommations et de productions durables visant à faire plus et mieux avec moins

  • réduire la consommation, récupérer et recycler tout ce qui est possible et souhaitable: papier, piles, verres, cartouches d’encre, produits de nettoyage, vêtements, déchets, etc

  • réduire notre consommation énergétique : isolation, chauffage, éclairage de nos bâtiments

  • entretenir écologiquement l’extérieur des bâtiments (fraîcheur) et les terrains (éliminer l’usage d’herbicides, pesticides )

  • procéder à des achats et contrats de services regroupés, ajout de clauses vertes

  • partager au mieux les outils et équipements spécialisés et coûteux

Nous entendons également développer des espaces de solidarité agissante autour du thème de l’écologie intégrale

  • réaliser des jardins potagers bio et collectifs sur les terrains des Fabriques

  • composter nos matières organiques

  • réduire les îlots de chaleurs par des bandes et îlots végétalisés des pourtours et intérieurs des stationnements

Le dialogue

Laudato Si’ est :« une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète », dialogue qui unit «  toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral – 13 et 14 ».

Notre intention n’est pas de vouloir donner un verni scientifique à la religion ou encore moins de vouloir concilier deux univers de pensée. Humblement, à notre niveau, nous entendons aménager des espaces fertiles où science, économie et conscience se rencontrent et collaborent afin que soient prises en compte : les notions d’équité, les valeurs spirituelles, le respect de toutes les formes de vie, les principes éthiques et la recherche du bien commun :

  • dans l’élaboration des programmes de recherche et de formation de tous niveaux

  • dans les processus décisionnels et les stratégies de reconstruction du rapport à la nature et à autrui

  • dans le développement de programmes et l’élaboration de politiques nationales et locales favorisant l’utilisation responsable des capacités humaines et des ressources naturelles

  • dans l’encadrement de l’activité économique, des pratiques commerciales et financières

  • dans la construction de consensus mondiaux sur les problèmes de fond ne pouvant être résolus par les actions de pays isolés

La solidarité

Il s’agit de manifester la solidarité de notre Église envers ceux qui souffrent des conséquences de décisions et de pratiques dommageables à l’environnement. Il s’agit aussi d’apporter une perspective chrétienne dans la sphère publique :

  • en prenant publiquement position sur grands enjeux et enjeux environnementaux

  • en participant à des débats publics

  • en réclamant transparence et justice de la part des autorités et participation des citoyens dans les processus de prises de décision engageant l’avenir du pays et des communauté

1 Adopté en septembre 2015, l’agenda 2030 propose à l’humanité 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) et 169 cibles à atteindre d’ici 2030, http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/

2. Les fondements de la pastorale sociale au Québec – Comté des affaires sociales – Table de pastorale sociale des diocèses du Québec-mai 2012